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Film "J’aimerais j’aimerais" : une romance musicale française entre un Noir et un métis

 

Charles Gueboguo et l'homosexualité en Afrique

   À l'heure où beaucoup d'Africains considèrent encore l'homosexualité et la bisexualité comme un fléau occidental propagé par la colonisation en Afrique, ou comme une pratique liée à des cercles ésotériques, l'ouvrage du sociologue camerounais Charles Gueboguo est un pavé dans la mare des préjugés.
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ENTREVUE AVEC
 
JANN HALEXANDER,
RÉALISATEUR ET PRODUCTEUR DU FILM
"J'AIMERAIS J'AIMERAIS"

C'est le 20 juillet 2007, qu'est sorti à Paris le film "j'aimerais j'aimerais", l'œuvre entière de Jann Halexander, 24 ans, l'étoile montante, artiste africain -européen qui évolue aussi bien dans le domaine du film (réalisateur, producteur et acteur) que dans celui de la chanson (chanteur, pianiste...). L'équipe de gayafrique a eu le privilège et plaisir d'échanger avec le star.

GAYAFRIQUE (GA) : Qui est Jann Halexander?

Jann Halexander (JH) : Et bien je suis chanteur, producteur, réalisateur, acteur, auteur, compositeur, interprète, pianiste, depuis 2003.

 GA : Comment est né l'idée de faire le film 'j'aimerais j'aimerais"? Avez-vous été financé? Pensez-vous en faire d'autres bientôt?

JH :  Ce film est une adaptation d'une de mes chansons, J'Aimerais J'Aimerais, qui date de 2005, c'est une libre adaptation, mais l'histoire de base reste la même, un jeune homme aime un député dans une ville de province française.
Je n'ai pas été financé, je finance avec mes propres fonds en partie et les fonds d'une structure que j'ai créée, Trilogie Halexander, en 2006, pour le tournage de Statrtoss le Magnifique 1. Le fait, toutefois, de ne pas avoir de financement, même si ça peut
être dur, fait que je suis totalement indépendant. Et puis ce genre de film ne coûte pas trop cher, tout simplement parce qu'on dispose déjà du matériel nécessaire, donc nous n'avons pas de location de lieu, ni de matériel.

 GA : La chanson qui a inspiré le film donne plus de détails que le film lui-même, est-ce un choix?


JH : Oui, encore une fois c'est une libre adaptation...la chanson est vraiment une histoire fleuve, de 6 à 8 minutes, en concert, le film lui se veut davantage une illustration onirique de l'amour entre 2 hommes...

GA : Pourquoi avez-vous préféré accumuler tous ces rôles importants "Acteur, réalisateur, compositeur, chanteur..."

JH :  Pour des raisons artistiques, d'épanouissement et pour des raisons financières. La crise du disque n'est pas un mythe, et si c'est difficile pour les chanteurs produits pas des majors, ça l'est tout autant pour les chanteurs indépendants. Il s'avère que le dvd se vend mieux car les gens aiment le son et l'image, attention, je ne sais pas si c'est valable pour moi, je parle de mon univers là et c'est vrai que j'aime beaucoup de format, sans doute même plus que le cd, car je peux vraiment dévoiler mon univers, mes personnages, les symboles, les paysages...pour moi, les concerts et les dvd sont ma priorité...je m' y sens vraiment à l'aise.

 GA : Quelle catégorie de public vous ciblez dans votre film? Vos films futurs? Cette catégorie va-t-elle évolué, changé?

JH :  Je n'ai pas de cible particulière, si ce n'est que j'aime avoir un public varié au niveau des âges, des classes sociales, des cultures. C'est le cas actuellement et j'espère que ce sera toujours le cas ...

 GA : Vous définissez-vous comme français? Africain? ou
les deux


JH :  Les deux. quand je dis afro-européen, ce n'est pas pour faire une figure de style, c'est parce que je le suis. Mes parents ont toujours dit : "on est ce qu'on est, on ne joue pas à ce que l'on n'est pas". Et ils avaient bien raison, je le constate avec le temps ...

 GA : Un député français, de province et... noir. Y avait-il un message particulier attaché à ça?

JH :  Vous savez, il y a des gens de couleur qui ont des postes de responsabilité en province...Donc pour moi ce n'était pas un problème. Comme je l'ai dit à un autre journaliste ( de horreur.com), c'est un problème pour d'autres personnes. Les conservateurs ou les utopistes passent leur temps à dire qu'on peut être français et noir, mais dès qu'on parle d'un Vendéen ou d'un Bourguignon noir, ca y est, les gens
pleurnichent en disant que c'es inconcevable... pourtant le premier maire noir de France était un maire d'une petite ville des pays de Loire avant la seconde guerre mondiale, il y en a même eu un je crois, au dix neuvième siècle, et dans les années 80, on a eu ce maire de Bretagne...je me demande si finalement la province n'a pas été en avance sur les petites villes...enfin c'est un long débat...pour les autres, encore une fois pour moi tout est clair.

GA : En un moment donné, durant le film, les spectateurs entrevoient vos parties intimes. Comment expliquez-vous ce choix de scènes?

JH :  Un choix. car j'en ai un peu marre car en général on ne voit des gens de couleur nus que dans les films X, alors je n'ai rien contre le x, j'apprécie même plutôt, mais je pense qu'il faut franchir le cap et se mettre à nu comme le font les autres acteurs. Moche ou beau, ce n'est pas le problème, il faut s'approprier son corps, sa nudité, et
l'imposer aux autres . C'est mon avis.

 GA : Pourquoi une tragédie? Est-ce inspiré d'une histoire réelle? De ce que vous vivez en ce moment peut-être?

JH :  Les gens pensent souvent que c'est inspiré de mon histoire. et finalement j'ai préféré ne rien dévoiler. Mais si je dis que la passion est un désastre ce n'est surement pas un hasard. E celui qui joue le député est mon ex...

 GA : Un mot particulier aux visiteurs et utilisateurs de
gayafrique?


JH :  Merci pour l'intérêt que vous m'apportez, nous avançons ensemble contre l'intolérance.

 GA : Aux membres d'Arc en ciel d'Afrique?

JH :  Qu'ils continuent leurs actions et leur mission. Il n'y a que ça de vrai, la théorie,
ça ne dure qu'un temps.

 GA : A la jeunesse africaine, surtout gaies, lesbiennes,
bisexuels et trans?


JH : Je souhaite beaucoup de courage. Et de volonté. Mais les chosent évoluent, je pense notamment à Charles Guebogo et son ouvrage La Question Homosexuelle en Afrique, c'est un ami...je souhaite apporter, à ma façon, artistique, ma contribution à l'évolution des droits des LGBt en Afrique et aux Antilles et dans les diasporas.

 

 
 

Charles Gueboguo et l'homosexualité en Afrique
Par Joel Gustave Nana

À l'heure où beaucoup d'Africains considèrent encore l'homosexualité et la bisexualité comme un fléau occidental propagé par la colonisation en Afrique, ou comme une pratique liée à des cercles ésotériques, l'ouvrage du sociologue camerounais Charles Gueboguo est un pavé dans la mare des préjugés.

Né le 23 mars 1979, Charles Gueboguo vient de publier le premier ouvrage de sociologie consacré à l'homosexualité en Afrique sub-saharienne. Il s'agit d'un travail de fond, étendu sur plusieurs années, une démarche de pionnier et un acte de courage qui laisseront une profonde empreinte dans la sociologie africaine tout en contribuant à l'évolution des mentalités.
En Afrique, le thème du suicide lié à l'homosexualité, ne fait tout simplement pas partie des centres d'intérêt actuels des chercheurs. En outre le phénomène de l'homosexualité, reste encore mal connu et largement marginalisé. En effet, dans ces sociétés, l'homosexualité est largement déniée. Comme argument, on fait appel au vide conceptuel et linguistique qui entoure cette orientation sexuelle. Le raisonnement devient alors : comment parler de quelque chose qu'on ne peut même pas nommer dans les langues vernaculaires locales ? S'il n'y a pas de mot pour  désigner une chose, n'est-ce pas la preuve que cela n'existe tout simplement pas ? Et si l'on ne peut pas nommer l'homosexualité, on peut encore moins évoquer ses conséquences comme par exemple le suicide chez les homosexuels... Non seulement l'homosexualité n'existe pas dans le vocabulaire, mais elle est aussi niée par le domaine politique qui la condamne farouchement. En effet, l'article 347 bis du code pénal camerounais stipule clairement que tout individu qui a des rapports sexuels avec une personne de même sexe est passible d'une peine d'emprisonnement de 6 mois à 5 ans et d'une amende de 20000 à 200000 FCFA.
Cependant, l'étude récente menée par Gueboguo prend le contre-pied des idées reçues et met clairement en exergue l'existence de l'homosexualité en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Selon lui, l'homosexualité au Cameroun ne relève pas du mythe, car il s'agit d'une réalité bel et bien observable. Les homosexuels forment aujourd'hui dans ce pays une sorte de communauté plus ou moins cohérente, d'ailleurs ils ont leur propre marché sexuel. Par ailleurs, face à la rigidité sociale, l'auteur a pu constater qu'ils ne se suicident pas pour autant. En effet, ceux-ci ont plutôt développé une stratégie de camouflage de leurs activités sexuelles réelles. C'est ainsi que, bien qu'ils s'identifient et s'acceptent comme homosexuels, certains d'entre eux, pour faire bonne figure, ont également choisi d'entretenir des rapports factices avec des partenaires de l'autre sexe. D'autres sont même allé jusqu'à établir des unions officielles avec ces partenaires de circonstance, tout en ayant une activité sexuelle intense avec leur partenaire habituel ou autres.
Ainsi, ce qui semble être un paradoxe n'est en réalité qu'un moyen, une astuce pour tromper la vigilance de l'entourage proche, et ça marche toujours. A Yaoundé, les homosexuels désignent ce type de partenaire de façade sous le terme de « nfinga ». C'est la traduction dans l'une des langues locales du mot « couverture », et cette expression révèle bien qu'il s'agit d'une mascarade pour se couvrir et assurer ses arrières, pour ne pas sortir du « nkuta » comme ils disent. En français, on parlerait de sortir du placard. Ce camouflage sert éviter tout recours au suicide, puisque grâce à sa couverture, l'individu est accepté et réintégré dans son milieu d'appartenance. L'homosexualité au Cameroun est aussi étroitement liée à la sorcellerie.
De tout ce qui précède, il ressort que l'attitude sociale réprobatrice vis-à-vis de l'homosexualité peut être un facteur majeur, mais pas principal, de suicide chez les homosexuels. Cependant, le Cameroun a ceci de particulier que face à cette hostilité, les homosexuels ne pensent pas au suicide. À la place, ils préfèrent jouer le jeu que la société leur impose, en se dotant d'un partenaire de l'autre sexe pour se faire accepter, tout en maintenant leur activité homosexuelle de manière cachée. C'est que Charles Gueboguo désigne comme une stratégie de camouflage.
En raison de l'homophobie ambiante au Cameroun, il faut souligner les menaces d'agression physique, les insultes et la pression sociale dont est victime Charles Gueboguo, qui a dû s'éloigner de sa famille pour ne pas la mettre en danger. Il faut également souligner la solitude extrême d'un jeune homme attaché à sa terre natale, et saluer son courage et sa dignité, qui ouvriront la voie à d'autres personnes sur le continent africain.