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ENTREVUE AVEC
JANN HALEXANDER,
RÉALISATEUR ET PRODUCTEUR DU FILM
"J'AIMERAIS
J'AIMERAIS"
C'est
le 20 juillet 2007, qu'est sorti à Paris le film "j'aimerais
j'aimerais", l'œuvre entière de Jann Halexander, 24 ans, l'étoile
montante, artiste africain -européen qui évolue aussi bien dans le
domaine du film (réalisateur, producteur et acteur) que dans celui de la
chanson (chanteur, pianiste...). L'équipe de gayafrique a eu le
privilège et plaisir d'échanger avec le star.
GAYAFRIQUE (GA) : Qui est Jann Halexander?
Jann Halexander (JH) : Et bien je
suis chanteur, producteur, réalisateur, acteur, auteur, compositeur,
interprète, pianiste, depuis 2003.
GA : Comment est né l'idée de faire le
film 'j'aimerais j'aimerais"? Avez-vous été financé? Pensez-vous en
faire d'autres bientôt?
JH : Ce film est une
adaptation d'une de mes chansons, J'Aimerais J'Aimerais, qui date de
2005, c'est une libre adaptation, mais l'histoire de base reste la même,
un jeune homme aime un député dans une ville de province française.
Je n'ai pas été financé, je finance avec mes propres fonds en partie et
les fonds d'une structure que j'ai créée, Trilogie Halexander, en 2006,
pour le tournage de Statrtoss le Magnifique 1. Le fait, toutefois, de ne
pas avoir de financement, même si ça peut
être dur, fait que je suis totalement indépendant. Et puis ce genre de
film ne coûte pas trop cher, tout simplement parce qu'on dispose déjà du
matériel nécessaire, donc nous n'avons pas de location de lieu, ni de
matériel.
GA : La chanson qui a inspiré le film donne plus de détails que le film
lui-même, est-ce un choix?
JH : Oui, encore une fois c'est une
libre adaptation...la chanson est vraiment une histoire fleuve, de 6 à 8
minutes, en concert, le film lui se veut davantage une illustration
onirique de l'amour entre 2 hommes...
GA :
Pourquoi avez-vous préféré accumuler tous ces rôles importants "Acteur,
réalisateur, compositeur, chanteur..."
JH : Pour des raisons
artistiques, d'épanouissement et pour des raisons financières. La crise
du disque n'est pas un mythe, et si c'est difficile pour les chanteurs
produits pas des majors, ça l'est tout autant pour les chanteurs
indépendants. Il s'avère que le dvd se vend mieux car les gens aiment le
son et l'image, attention, je ne sais pas si c'est valable pour moi, je
parle de mon univers là et c'est vrai que j'aime beaucoup de format,
sans doute même plus que le cd, car je peux vraiment dévoiler mon
univers, mes personnages, les symboles, les paysages...pour moi, les
concerts et les dvd sont ma priorité...je m' y sens vraiment à l'aise.
GA : Quelle catégorie de public vous
ciblez dans votre film? Vos films futurs? Cette catégorie va-t-elle
évolué, changé?
JH : Je n'ai pas de cible
particulière, si ce n'est que j'aime avoir un public varié au niveau des
âges, des classes sociales, des cultures. C'est le cas actuellement et
j'espère que ce sera toujours le cas ...
GA :
Vous définissez-vous comme français? Africain? ou
les deux
JH : Les deux. quand je dis
afro-européen, ce n'est pas pour faire une figure de style, c'est parce
que je le suis. Mes parents ont toujours dit : "on est ce qu'on est, on
ne joue pas à ce que l'on n'est pas". Et ils avaient bien raison, je le
constate avec le temps ...
GA :
Un député français, de province et... noir. Y avait-il un message
particulier attaché à ça?
JH : Vous savez, il y a des
gens de couleur qui ont des postes de responsabilité en province...Donc
pour moi ce n'était pas un problème. Comme je l'ai dit à un autre
journaliste ( de horreur.com), c'est un problème pour d'autres
personnes. Les conservateurs ou les utopistes passent leur temps à dire
qu'on peut être français et noir, mais dès qu'on parle d'un Vendéen ou
d'un Bourguignon noir, ca y est, les gens
pleurnichent en disant que c'es inconcevable... pourtant le premier
maire noir de France était un maire d'une petite ville des pays de Loire
avant la seconde guerre mondiale, il y en a même eu un je crois, au dix
neuvième siècle, et dans les années 80, on a eu ce maire de
Bretagne...je me demande si finalement la province n'a pas été en avance
sur les petites villes...enfin c'est un long débat...pour les autres,
encore une fois pour moi tout est clair.
GA : En un moment donné, durant le
film, les spectateurs entrevoient vos parties intimes. Comment
expliquez-vous ce choix de scènes?
JH : Un choix. car j'en ai un
peu marre car en général on ne voit des gens de couleur nus que dans les
films X, alors je n'ai rien contre le x, j'apprécie même plutôt, mais je
pense qu'il faut franchir le cap et se mettre à nu comme le font les
autres acteurs. Moche ou beau, ce n'est pas le problème, il faut
s'approprier son corps, sa nudité, et
l'imposer aux autres . C'est mon avis.
GA : Pourquoi une tragédie? Est-ce
inspiré d'une histoire réelle? De ce que vous vivez en ce moment
peut-être?
JH : Les gens pensent souvent
que c'est inspiré de mon histoire. et finalement j'ai préféré ne rien
dévoiler. Mais si je dis que la passion est un désastre ce n'est
surement pas un hasard. E celui qui joue le député est mon ex...
GA :
Un mot particulier aux visiteurs et
utilisateurs de
gayafrique?
JH : Merci pour l'intérêt que
vous m'apportez, nous avançons ensemble contre l'intolérance.
GA :
Aux membres d'Arc en ciel d'Afrique?
JH : Qu'ils continuent leurs
actions et leur mission. Il n'y a que ça de vrai, la théorie,
ça ne dure qu'un temps.
GA : A la jeunesse africaine, surtout
gaies, lesbiennes,
bisexuels et trans?
JH : Je souhaite beaucoup de
courage. Et de volonté. Mais les chosent évoluent, je pense notamment à
Charles Guebogo et son ouvrage La Question Homosexuelle en Afrique,
c'est un ami...je souhaite apporter, à ma façon, artistique, ma
contribution à l'évolution des droits des LGBt en Afrique et aux
Antilles et dans les diasporas.
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Charles Gueboguo et l'homosexualité en Afrique
Par Joel Gustave Nana
À l'heure où beaucoup d'Africains
considèrent encore l'homosexualité et la bisexualité comme un fléau
occidental propagé par la colonisation en Afrique, ou comme une pratique
liée à des cercles ésotériques, l'ouvrage du sociologue camerounais
Charles Gueboguo est un pavé dans la mare
des préjugés.

Né le 23 mars 1979, Charles
Gueboguo vient de publier le premier ouvrage de sociologie consacré à
l'homosexualité en Afrique sub-saharienne. Il s'agit d'un travail de
fond, étendu sur plusieurs années, une démarche de pionnier et un acte
de courage qui laisseront une profonde empreinte dans la sociologie
africaine tout en contribuant à l'évolution des mentalités.
En Afrique, le thème du suicide lié à l'homosexualité, ne fait tout
simplement pas partie des centres d'intérêt actuels des chercheurs. En
outre le phénomène de l'homosexualité, reste encore mal connu et
largement marginalisé. En effet, dans ces sociétés, l'homosexualité est
largement déniée. Comme argument, on fait appel au vide conceptuel et
linguistique qui entoure cette orientation sexuelle. Le raisonnement
devient alors : comment parler de quelque chose qu'on ne peut même pas
nommer dans les langues vernaculaires locales ? S'il n'y a pas de mot
pour désigner une chose, n'est-ce pas la preuve que cela n'existe tout
simplement pas ? Et si l'on ne peut pas nommer l'homosexualité, on peut
encore moins évoquer ses conséquences comme par exemple le suicide chez
les homosexuels... Non seulement l'homosexualité n'existe pas dans le
vocabulaire, mais elle est aussi niée par le domaine politique qui la
condamne farouchement. En effet, l'article 347 bis du code pénal
camerounais stipule clairement que tout individu qui a des rapports
sexuels avec une personne de même sexe est passible d'une peine
d'emprisonnement de 6 mois à 5 ans et d'une amende de 20000 à 200000
FCFA.
Cependant, l'étude récente menée par Gueboguo prend le contre-pied des
idées reçues et met clairement en exergue l'existence de l'homosexualité
en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Selon lui,
l'homosexualité au Cameroun ne relève pas du mythe, car il s'agit d'une
réalité bel et bien observable. Les homosexuels forment aujourd'hui dans
ce pays une sorte de communauté plus ou moins cohérente, d'ailleurs ils
ont leur propre marché sexuel. Par ailleurs, face à la rigidité sociale,
l'auteur a pu constater qu'ils ne se suicident pas pour autant. En
effet, ceux-ci ont plutôt développé une stratégie de camouflage de leurs
activités sexuelles réelles. C'est ainsi que, bien qu'ils s'identifient
et s'acceptent comme homosexuels, certains d'entre eux, pour faire bonne
figure, ont également choisi d'entretenir des rapports factices avec des
partenaires de l'autre sexe. D'autres sont même allé jusqu'à établir des
unions officielles avec ces partenaires de circonstance, tout en ayant
une activité sexuelle intense avec leur partenaire habituel ou autres.
Ainsi, ce qui semble être un paradoxe n'est en réalité qu'un moyen, une
astuce pour tromper la vigilance de l'entourage proche, et ça marche
toujours. A Yaoundé, les homosexuels désignent ce type de partenaire de
façade sous le terme de « nfinga ». C'est la traduction dans l'une des
langues locales du mot « couverture », et cette expression révèle bien
qu'il s'agit d'une mascarade pour se couvrir et assurer ses arrières,
pour ne pas sortir du « nkuta » comme ils disent. En français, on
parlerait de sortir du placard. Ce camouflage sert éviter tout recours
au suicide, puisque grâce à sa couverture, l'individu est accepté et
réintégré dans son milieu d'appartenance. L'homosexualité au Cameroun
est aussi étroitement liée à la sorcellerie.
De tout ce qui précède, il ressort que l'attitude sociale réprobatrice
vis-à-vis de l'homosexualité peut être un facteur majeur, mais pas
principal, de suicide chez les homosexuels. Cependant, le Cameroun a
ceci de particulier que face à cette hostilité, les homosexuels ne
pensent pas au suicide. À la place, ils préfèrent jouer le jeu que la
société leur impose, en se dotant d'un partenaire de l'autre sexe pour
se faire accepter, tout en maintenant leur activité homosexuelle de
manière cachée. C'est que Charles Gueboguo désigne comme une stratégie
de camouflage.
En raison de l'homophobie ambiante au Cameroun, il faut souligner les
menaces d'agression physique, les insultes et la pression sociale dont
est victime Charles Gueboguo, qui a dû s'éloigner de sa famille pour ne
pas la mettre en danger. Il faut également souligner la solitude extrême
d'un jeune homme attaché à sa terre natale, et saluer son courage et sa
dignité, qui ouvriront la voie à d'autres personnes sur le continent
africain. |
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